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Brève Histoire des Papeteries de Malaucène (par Olivier Peyre)

Malaucène et le papier… cinq siècles d’histoire. 1547 / 2009. C’est tellement long qu’à l’échelle des générations cela n’a pas de sens. 1547. Il y a une cinquantaine d’années que Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Les guerres de Religion se préparent. L’industrie n’existe pas.

A l’époque Malaucène ne se distingue pas vraiment des bourgs de même importance qui sont dans l’orbite de Carpentras et d’Avignon. Malaucène a toujours été une étape, un marché où produits de la plaine comtadine et des montagnes des Baronnies se rencontraient et s’échangeaient. Malaucène avait pourtant un avantage, la belle source du Groseau. Débit appréciable, régularité plus encore, un bienfait du Ventoux…

Les Malaucéniens avaient déjà plus de prés qu’ailleurs, plus d’espaces irriguées et quelques moulins sur le fameux canal du Groseau. A cette époque d’artisanat lorsqu’une activité devenait moins rentable, on en essayait une autre. On conservait le moulin à eau et sa roue, on aménageait un outillage spécifique. Ainsi la papeterie débuta en 1547 et comme en d’autres lieux, pour plusieurs siècles. Plusieurs moulins firent du papier simultanément entre la source et le bourg. Des familles papetières, des dynasties se formèrent, avec plus ou moins de bonheur, selon leur savoir-faire, leur sens de l’entreprise ou tout simplement la conjoncture.

Parmi celles-ci une vint s’installer juste avant la révolution française : la famille Geoffroy. Bonne pioche pour Malaucène car elle révolutionna la fabrication du papier au siècle suivant. Remplacement de la feuille à la main par la machine à papier, remplacement du papier d’écriture par les papiers fins dont le papier à cigarettes. Rachat d’autres sites, innovation technique continue, politique commerciale agressive (Joseph Geoffroy va vendre lui-même son papier au Mexique et aux Etats-Unis avant 1914, Malaucène a des débouchés sur les cinq continents).

En fait c’est cet homme, Joseph Geoffroy, qui met au point le modèle malaucénien et sa réussite : réussir beaucoup à partir de peu. Comme son grand père et son père il s’est heurté aux limites du débit du Groseau et à l’exiguïté du site. De ces problèmes il a tiré des atouts. Je ne peux pas produire beaucoup plus, je ne peux pas aligner X machines, je ne peux concurrencer les plus gros que moi, je mets le paquet sur l’innovation, je mise tout sur certaines « niches », bref je me spécialise, je fais en sorte de garder une longueur d’avance sur la concurrence.

 Le traumatisme de la guerre de 14 (il est maire), des ennuis de santé et une mésentente avec ses fils lui font vendre l’entreprise et dés 1920, elle devient propriété de la famille Schweitzer. Les Schweitzer sont depuis peu américains, Peter Schweitzer est négociant en papier à cigarettes, il achète là un centre de production tout à fait opérationnel et investit encore. Il choisit un directeur général, administrateur délégué exceptionnel : Richard Laderrière, qui va gérer l’entreprise prés de quarante ans. Ayant perdu son principal client (2/3 du CA) à l’entrée de la grande dépression des années 30, il prend son bâton de pèlerin et parcourt chaque pays d’Europe à la recherche d’une nouvelle clientèle. Ses techniciens malaucéniens participent au même moment au lancement de la première usine Schweitzer aux USA. Il traverse la seconde guerre mondiale en mettant le bien familial à l’abri. Il devient l’ami de la famille propriétaire des Papeteries de Malaucène.

En 1957 Schweitzer fusionne avec Kimberley Clark Corporation. Philippe Aghion remplacera Richard Laderrière, conservant les liens d’amitié avec la famille qui vient à «  La Villa  » au dessus de la papeterie. Les années 1960 et plus encore 1970 et 1980 sont sous sa direction des années de croissance : les bâtiments de l’usine et les effectifs changent de dimension, mais les contraintes et les solutions demeurent les mêmes. Je ne suis plus compétitif sur la fabrication de la pâte à papier ? J’arrête et je place mes efforts sur le papier lui-même. Je ne peux plus lutter sur le papier à cigarettes ? Je me spécialise sur le bout filtre et je fais preuve d’audace : j’imprime, je perfore, j’ajoute de nouveaux métiers rémunérateurs, je fais mes preuves, j’ai la confiance de mes actionnaires et en retour les investissements suivent massivement.

En cette fin approchante du XXème siècle, les choses semblaient simples. Ne jamais oublier que grâce à des contraintes probablement plus fortes qu’ailleurs, Malaucène avait acquis, gagné génération après génération une exigence, une excellence dirions nous aujourd’hui, des savoir-faire et une technicité faisant du site son principal capital, son meilleur gage pour l’avenir. Malaucène est alors un bijou, simplement le meilleur dans sa catégorie parce que ses équipes étaient les meilleures.

Olivier Peyre.

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